Esther BAPSALLE, Couleurs biosourcées: le cas de la vigne

Si les jours de la couleur bon marché sont comptés, quelles sont les alternatives ? Le système global de fabrication des colorants synthétiques est aujourd’hui polluant, non éthique et dépendant principalement de l’industrie pétrochimique. En Chine, siège mondial de la production de colorants, pas moins de 70% des rivières, des lacs et des réservoirs sont touchés par cette pollution. Peut-on envisager des alternatives tangibles à ce système mondial, obsolète et toxique?
Il s’agit d’abord d’interroger le rôle de la couleur au sein-même du projet de design afin d’évaluer son importance dans nos objets et environnements quotidiens: est-il encore légitime de colorer nos objets aujourd’hui ? Si oui, pour quelles raisons ? L’analyse de l’histoire des colorants naturels, de l’expansion des colorants bio-sourcés et de la mixité des provenances dans la production des colorants peut nous livrer les clés pour repenser l’avenir de la couleur.
Le projet consiste à faire des colorants un produit dérivé de l’agriculture. Il s’agit d’abord d’une veille sur des projets existants, puis d’une recherche appliquée menée avec le vignoble du Château Brondelle (Fr) pour exploiter toutes les ressources de la vigne, d’un point de vue tinctorial.

Marilys TRAN THE TRI, Grownplast, cellulose bactérienne : une alternative aux emballages plastiques

Quel avenir pour l’emballage ? Quels substituts aux matières plastiques ? Le pétrole est une ressource épuisable, dans un monde fini, où la consommation des matières plastiques ne cessent d’augmenter. Cette ressource précieuse ayant mis des millions d’années à se constituer, est consommée et jetée en quelques heures à peine, en causant des dégâts irréversibles sur l’environnement. De nouvelles matières ne cessent de voir le jour; faites de fibres naturelles biodégradables, elles offrent des alternatives à la problématique de la gestion des déchets plastiques; une problématique intrinsèquement liée à la pratique du design industriel, et par laquelle je me sens profondément concernée.
Dans la première phase de mon projet, j’ai tenté de dresser l’inventaire des différents matériaux et projets visant à remplacer l’usage du plastique, et plus particulièrement dans l’emballage. La suite de l’analyse s’est concentrée sur la cellulose bactérienne, un biopolymère aux propriétés uniques fabriqué par des bactéries. Ma recherche s’est alors orienté vers le développement d’un nouveau matériau : Grownplast, un polymère fabriqué par des micro-organismes à partir de déchets organiques. La Belgique est un gros producteur de bière… Or, ce patrimoine génère également une grande quantité de sous-produits et de déchets, et plus particulièrement ceux produits par les brasseries; j’y ai vu une opportunité unique pour créer localement une alternative écologique aux matières plastiques.

Pauline JOURDAN, TOPO. Recyclage de cordes d’escalade

L’idée de « local » est devenu centrale: on assiste en effet à une valorisation toujours plus prononcée des cercles courts, de la consommation de proximité, et de la production géo-centrée. Comment cette nouvelle préoccupation trouve-t-elle son écho dans la pratique du design ? Comment les designers s’en emparent-ils, à la fois théoriquement et dans leurs projets ? Comment se dessinent les liens multiples et protéiformes entre le design et le territoire?
Mon analyse porte sur un lieu précis, afin d’y interroger concrètement la possibilité d’une production locale : le massif des Alpes. Cette chaîne de montagnes de 1200 km, qui scinde le continent européen, est ma terre d’origine. C’est aussi un espace aux spécificités géographiques, climatiques, culturelles et économiques uniques en Europe. Comment les créateurs (architectes, designers, artistes) se sont-ils implantés dans ce lieu, et comment ont-ils façonné la manière dont nous regardons et représentons ce massif? Comment la culture artistique et touristique a-t-elle construit une image stéréotypée de ces montagnes ? Cette vision influence-t-elle les pratiques « locales » dans les Alpes ? Et enfin, dans quelle mesure ce fantasme du “monde alpin“ cache-t-il parfois des enjeux contemporains majeurs, notamment écologiques ? Le projet porte plus spécifiquement sur un maillon central de l’économie alpine : l’industrie du sport et de l’équipement de montagne. Quels sont les enjeux socio-économiques de ce secteur dans les Alpes ? Quels problèmes pose-t-il aujourd’hui, notamment en termes de production de déchets ? Orienté vers l’obsolescence du matériel de montagne, TOPO explore les possibilités de recyclage des cordes d’escalade et d’alpinisme.

Alexandre PELLETIER, La voiture de mes amis. Design, autopartage et intermodalité

Comment la voiture doit-elle être réinventée dans un contexte d’auto-partage et d’intermodalité croissant ? La voiture est devenue le symbole de l’impact de nos modes de vie et de production sur l’environnement. Les gaz à effet de serre, les particules fines émises par les pots d’échappement, les infrastructures routières qui morcellent le paysage, l’extraction des ressources pour la fabrication des véhicules, font de la voiture une aberration climatique. Elle est également au coeur des questionnements en matière de santé (qualité de l’air) et sa légitimité est aujourd’hui remise en question. Parallèlement, le temps de transport domicile-travail augmente ainsi que le prix des carburants; de plus en plus d’usagers s’orientent vers des solutions de mobilité alternatives…
Cependant il est très difficile d’imaginer un monde sans voiture. Comment feront ceux qui vivent à l’écart des villes ? Comment feront les familles qui doivent faire des courses pour plusieurs personnes ? Comment emmènerons-nous un proche à l’hôpital en urgence ? Comment nous déplacerons-nous en dehors des horaires des transports en commun ? Si beaucoup de tâches peuvent aujourd’hui être accomplies sans la voiture grâce à de nombreux moyens mis à notre disposition, il y a cependant certains usages pour lesquels l’automobile gardera toujours son utilité. Si la voiture ne peut pas disparaître, il semble en revanche évident de devoir la réinventer dans un contexte d’autopartage, en complément des autres modes de transports.

Sound:abilities. La Cambre@SoundHub (Bang & Olufsen), Danmark


Sound:abilities est un projet sur le son, non pas le son dans ses exigences HiFi, mais le son dans sa dimension « capacitante » au quotidien. Autrement dit, comment le son peut-il aider, compléter ou relayer des informations dans un environnement parfois saturé visuellement? Les étudiants ont développé 8 pistes qu’ils auront ensuite présenté et retravaillé avec une série d’experts durant une semaine en janvier 2021 au SoundHub de Bang&Olufsen (Danemark). Ils ont d’abord expérimenter le potentiel d’un phénomène sonore, pour ensuite lui chercher un domaine d’application. Clara a travaillé sur l’interaction de la voix et de l’eau pour développer une série de commandes vocales dans le domaine du bain; Avec Ekko, Mathilde s’est penchée sur le son et la cécité en collaborant avec une danseuse aveugle: elle a conçu avec elle une alternative élégante à la canne pour s’orienter dans l’espace grâce au son; Hugo s’est intéressé au rôle que pouvait jouer le son dans la prise de médicaments, surtout pour un public atteint de dégénérescence cognitive; Rebecca, à travers Effectile, à explorer les potentialités du son associé… au textile!; Raphaël à tenter d’exploiter le son propre à certains matériaux (métaux) pour se signaler à vélo dans le trafic urbain; Marion s’est demandé comment substituer tous nos mémos vocaux, SMS et autre Post-it en un objet aussi essentiel et low tech qu’une pierre apparemment muette…; Clémentine, après avoir utilisé (démonté et remonté!) un stéthoscope électronique, s’est demandée comment donner voix aux différents sons de notre corps et les exploiter pour communiquer entre nous différemment; enfin, Josua , à travers Mémo, a cherché à incarner la mémoire des objets, et de nous rappeler qu’une vieille photo, un frigo ou une malle fermée ont quelque chose à « dire »… 

Thibault BAES, MORE THAN SHAPE. Impression 3D alimentaire.

Qu’est-ce que l’impression 3D alimentaire ? Aujourd’hui on utilise l’impression 3D alimentaire principalement pour des raisons esthétiques. Mais certains designers et acteurs de l’innovation y voient bien plus d’opportunités… Permettra-t-elle demain de créer une nouvelle cuisine ? Permettra-t-elle d’envisager de nouvelles solutions pour nourrir le monde ? Si aujourd’hui l’impression 3D alimentaire ne résoudra pas les problèmes de faim dans le monde, cette technologie réinvente néanmoins notre rapport à la nourriture et s’immisce de plus en plus dans nos vies. Elle offre ses services aux restaurants, à la haute gastronomie, sous les yeux attentifs des grands industriels de l’alimentaire…
Dans mon projet, épaulé par des collaborateurs issus à la fois du monde de la gastronomie et de l’impression 3D, j’ai tenté de démontrer son intérêt en matière d’innovation et de création culinaire. Quels sont les possibles et les limites d’une telle technologie ? Comment le monde de la gastronomie pourrait-il se l’approprier ? Pour répondre à ces questions, j’ai développé un vocabulaire élargi de formes et de logiques de construction qui ont pour but de faciliter l’accès à ce nouveau secteur aux acteurs de la gastronomie.

Damian JODOROSWSKY, Les polymères minéraux: développement d’une brique.

En 1978, Joseph Davidovits émet une hypothèse étonnante: et si la plupart des grands édifices de l’Antiquité n’avaient pas été érigés à partir de pierres transportées sur des longues distances, mais bien des pierres moulées sur place? Vrai ou faux, c’est en tout cas la naissance de l’étude des géopolymères. Les géopolymères sont des matériaux synthétisés à partir de matières minérales d’origine géologique, et appartenant à la famille des polymères inorganiques. Le projet consiste à s’inspirer des grands principes de la science des géopolymères pour développer une brique de construction sans liants chimiques et à partir de déchets de chantiers.

Luca LEMAIRE, Objet Chauffant. Un chauffage d’appoint en papier recyclé

Quelle place occupe les objets chauffants dans nos intérieurs? On assiste aujourd’hui à de nombreux changements en matière d’habitation, d’architecture; des changements d’ordre écologique et économique face auxquels le chauffage actuel doit se positionner. Les nouvelles normes européennes peuvent influencer et bousculer notre conception du chauffage.

Mes recherches se sont concentrées sur le phénomène de la chaleur et sur l’idée de confort thermique, la manière dont les formes, les couleurs et l’espace en général influencent notre perception de la chaleur. La plupart des radiateurs aujourd’hui ne prennent que trop rarement en compte l’idée-même de chaleur, mais mettent davantage l’accent sur l’efficience; les chauffages d’appoint deviennent des produits dénués de toute sensibilité. Comment se réapproprier cet « objet chauffant »? J’ai dès lors envisagé l’utilisation du papier recyclé dans la réalisation d’un chauffage d’appoint. On retrouve aujourd’hui le papier recyclé dans de nombreux projets visant à diminuer l’impact écologique de secteurs tels que l’ameublement ou l’impression 3D. Et si les nombreuses qualités de cette matière pouvaient profiter à la conception d’un nouveau chauffage d’appoint?

Recycline. La Cambre & Tupperware: une famille d’objets en plastique recyclé.

Depuis quelques années, Tupperware a mis sur pied un programme de recyclage de ses propres objets: vous pouvez renvoyer votre vieille boîte et celle-ci sera transformée en… à ce jour seuls deux objets ont été mis en production (une raclette et un porte-bouteilles). On nous a dès lors demandé d’étoffer cette famille en tenant compte d’une contrainte majeure: à cause du recyclage (et malgré le nettoyage des pièces), les objets doivent obligatoirement être destinés à un usage non-alimentaire. De plus, ces produits ont la particularité d’être tous de couleur noire : en effet, pour unifier les centaines de couleurs provenant des objets recyclés, une charge noire (ou très foncée) est ajoutée. Une dimension importante du projet aura donc été le déplacement de l’identité et des codes propres à Tupperware – très liés à la table – vers des produits non-alimentaires « sans couleur », ce qui peut représenter un écart important dans la perception de la marque. Un range-câble, un composteur de cuisine, un kit de nettoyage DIY, un support à tablette et livre de cuisine, un pot pour plantes aromatiques, une boite à savon, un vide-poche et des patères, ont ainsi vu le jour. 

Nicolas ZANONI, ALTO. Recyclage du polystyrène expansé

Le polystyrène expansé est l’un des plastiques les moins recyclés. En effet, la plupart des entreprises de recyclage de déchets ne proposent pas de services de recyclage pour ce matériau, plus pour des raisons économiques qu’écologiques… Utilisé dans le transport, le polystyrène est extrêmement utile pour l’emballage; il est léger, économique, imperméable et fournit une bonne protection aux chocs.  C’est en faisant des recherches sur le réseau bruxellois de recyclage que j’ai trouvé une filière de recyclage propre au polystyrène expansé assuré par Bruxelles Propreté et RecyK. Le recyclage consiste avant tout en un système de compactage pour le rendre moins volumineux et faciliter son stockage. Ces briques de polystyrène sont ensuite à proprement parler recyclées par un procédé chimique en le faisant fondre dans un solvant et redevenir ainsi du polystyrène non expansé, qui pourra à son tour servir à produire des coques de téléphone portable, des pochettes de DVD, etc. Toutefois, ces procédés demandent beaucoup d’énergie et de moyens, notamment en termes de transport (sans parler des gaz relâchés par le recyclage chimique).

Mon projet consiste à développer un procédé de recyclage non chimique et à remodeler le polystyrène dans de nouvelles formes sans ajout de liant (résine epoxy ou similaire), mais surtout à raccourcir la chaine de recyclage afin d’éviter au maximum les transports et autres émissions de gaz à effet de serre. J’ai développé un processus de moulagesne faisant intervenir que de la vapeur et de la compression dans un moule. Ce qui permettra alors de pouvoir le recycler indéfiniment.

Ce processus met en forme de nouveau type de calages, cette fois non plus sur-mesure, mais standardisé afin d’optimiser au maximum leur réutilisation. L’objectif final serait évidemment de ne plus en produire du tout, mais tant qu’aucune réelle alternative existe, commençons à en produire moins, en recyclant la matière existante…