Clara SHCULLER, in progress. Vers cuisine sans électricité ?

Les équipements électroménagers, et plus largement tous les appareils fonctionnant sur secteur, pile ou batterie, font partie d’une catégorie d’ordure nommée DEEE (Déchets d’équipements électriques et électroniques). Selon l’ONU, ce type de détritus ne cesse d’augmenter, tout en ayant un taux de collecte et de recyclage très faible. En effet, leur désassemblage est souvent complexe et leur diversité est telle que pour la plupart des déchets, seule une infime quantité de métaux rares bénéficiera d’une seconde vie tandis que tout le reste finira dans la catégorie des déchets ultimes destiné à l’incinérateur.

Or, si certains de nos appareils nous sont indispensables, d’autres pourraient être repensés sans électricité. Mon projet consiste à concevoir un nouvel écosystème de cuisine composé d’objets… mécaniques. En effet, contrairement aux électroménagers, ils sont peu coûteux en termes de ressources (du fait d’une conception non-électrique et de l’absence de consommables associés), durables, réparables et faciles à recycler en fin de vie.

Le batteur, la balance, la cafetière et le moulin à café ont particulièrement attiré mon attention: ces  objets, disparus de nos cuisines ou majoritairement présents de manière électrifiée, pourraient être réinventés sans modifier considérablement nos habitudes; mieux, ils seraient à même de nous guider vers une autre manière de cuisiner, plus responsable.

Mon processus de travail a commencé par l’analyse historique de ces quatre objets afin de mieux saisir la genèse de leurs électrifications, et par le démontage de ces mêmes objets mécaniques de récupération. Comprendre leur fonctionnement interne me permet de mieux réintégrer leurs mécanismes dans mes propositions. Afin de ne pas me figer dans des typologies d’objets mécaniques passéistes, j’essaie de dessiner de nouveaux scénarios d’usages hybridant les objets choisis entre eux ou avec d’autres au sein de la cuisine: une cafetière-moulin-à-café, un batteur-balance… 

Le projet sera présenté en juin 2021.

Pour aller plus loin :
Prêt à Jeter – Documentaire Arte
Site internet fonctionnant à l’énergie solaire et regroupant différentes technologies low tech
Low tech comment faire plus et mieux avec moins ?
L’Âge des Low tech , vers une civilisation techniquement soutenable – Philippe Bihouix
L’Éloge du Carburateur – Matthew B. Crawford
Réparer le monde – Techniques et culture
Low tech ? Wild Tech ! – Techniques et culture

Clara Schuller

Esther BAPSALLE, Couleurs biosourcées: le cas de la vigne

Si les jours de la couleur bon marché sont comptés, quelles sont les alternatives ? Le système global de fabrication des colorants synthétiques est aujourd’hui polluant, non éthique et dépendant principalement de l’industrie pétrochimique. En Chine, siège mondial de la production de colorants, pas moins de 70% des rivières, des lacs et des réservoirs sont touchés par cette pollution. Peut-on envisager des alternatives tangibles à ce système mondial, obsolète et toxique?
Il s’agit d’abord d’interroger le rôle de la couleur au sein-même du projet de design afin d’évaluer son importance dans nos objets et environnements quotidiens: est-il encore légitime de colorer nos objets aujourd’hui ? Si oui, pour quelles raisons ? L’analyse de l’histoire des colorants naturels, de l’expansion des colorants bio-sourcés et de la mixité des provenances dans la production des colorants peut nous livrer les clés pour repenser l’avenir de la couleur.
Le projet consiste à faire des colorants un produit dérivé de l’agriculture. Il s’agit d’abord d’une veille sur des projets existants, puis d’une recherche appliquée menée avec le vignoble du Château Brondelle (Fr) pour exploiter toutes les ressources de la vigne, d’un point de vue tinctorial.

Marilys TRAN THE TRI, Grownplast, cellulose bactérienne : une alternative aux emballages plastiques

Quel avenir pour l’emballage ? Quels substituts aux matières plastiques ? Le pétrole est une ressource épuisable, dans un monde fini, où la consommation des matières plastiques ne cessent d’augmenter. Cette ressource précieuse ayant mis des millions d’années à se constituer, est consommée et jetée en quelques heures à peine, en causant des dégâts irréversibles sur l’environnement. De nouvelles matières ne cessent de voir le jour; faites de fibres naturelles biodégradables, elles offrent des alternatives à la problématique de la gestion des déchets plastiques; une problématique intrinsèquement liée à la pratique du design industriel, et par laquelle je me sens profondément concernée.
Dans la première phase de mon projet, j’ai tenté de dresser l’inventaire des différents matériaux et projets visant à remplacer l’usage du plastique, et plus particulièrement dans l’emballage. La suite de l’analyse s’est concentrée sur la cellulose bactérienne, un biopolymère aux propriétés uniques fabriqué par des bactéries. Ma recherche s’est alors orienté vers le développement d’un nouveau matériau : Grownplast, un polymère fabriqué par des micro-organismes à partir de déchets organiques. La Belgique est un gros producteur de bière… Or, ce patrimoine génère également une grande quantité de sous-produits et de déchets, et plus particulièrement ceux produits par les brasseries; j’y ai vu une opportunité unique pour créer localement une alternative écologique aux matières plastiques.

Pauline JOURDAN, TOPO. Recyclage de cordes d’escalade

L’idée de « local » est devenu centrale: on assiste en effet à une valorisation toujours plus prononcée des cercles courts, de la consommation de proximité, et de la production géo-centrée. Comment cette nouvelle préoccupation trouve-t-elle son écho dans la pratique du design ? Comment les designers s’en emparent-ils, à la fois théoriquement et dans leurs projets ? Comment se dessinent les liens multiples et protéiformes entre le design et le territoire?
Mon analyse porte sur un lieu précis, afin d’y interroger concrètement la possibilité d’une production locale : le massif des Alpes. Cette chaîne de montagnes de 1200 km, qui scinde le continent européen, est ma terre d’origine. C’est aussi un espace aux spécificités géographiques, climatiques, culturelles et économiques uniques en Europe. Comment les créateurs (architectes, designers, artistes) se sont-ils implantés dans ce lieu, et comment ont-ils façonné la manière dont nous regardons et représentons ce massif? Comment la culture artistique et touristique a-t-elle construit une image stéréotypée de ces montagnes ? Cette vision influence-t-elle les pratiques « locales » dans les Alpes ? Et enfin, dans quelle mesure ce fantasme du “monde alpin“ cache-t-il parfois des enjeux contemporains majeurs, notamment écologiques ? Le projet porte plus spécifiquement sur un maillon central de l’économie alpine : l’industrie du sport et de l’équipement de montagne. Quels sont les enjeux socio-économiques de ce secteur dans les Alpes ? Quels problèmes pose-t-il aujourd’hui, notamment en termes de production de déchets ? Orienté vers l’obsolescence du matériel de montagne, TOPO explore les possibilités de recyclage des cordes d’escalade et d’alpinisme.

Alexandre PELLETIER, La voiture de mes amis. Design, autopartage et intermodalité

Comment la voiture doit-elle être réinventée dans un contexte d’auto-partage et d’intermodalité croissant ? La voiture est devenue le symbole de l’impact de nos modes de vie et de production sur l’environnement. Les gaz à effet de serre, les particules fines émises par les pots d’échappement, les infrastructures routières qui morcellent le paysage, l’extraction des ressources pour la fabrication des véhicules, font de la voiture une aberration climatique. Elle est également au coeur des questionnements en matière de santé (qualité de l’air) et sa légitimité est aujourd’hui remise en question. Parallèlement, le temps de transport domicile-travail augmente ainsi que le prix des carburants; de plus en plus d’usagers s’orientent vers des solutions de mobilité alternatives…
Cependant il est très difficile d’imaginer un monde sans voiture. Comment feront ceux qui vivent à l’écart des villes ? Comment feront les familles qui doivent faire des courses pour plusieurs personnes ? Comment emmènerons-nous un proche à l’hôpital en urgence ? Comment nous déplacerons-nous en dehors des horaires des transports en commun ? Si beaucoup de tâches peuvent aujourd’hui être accomplies sans la voiture grâce à de nombreux moyens mis à notre disposition, il y a cependant certains usages pour lesquels l’automobile gardera toujours son utilité. Si la voiture ne peut pas disparaître, il semble en revanche évident de devoir la réinventer dans un contexte d’autopartage, en complément des autres modes de transports.

Thibault BAES, MORE THAN SHAPE. Impression 3D alimentaire.

Qu’est-ce que l’impression 3D alimentaire ? Aujourd’hui on utilise l’impression 3D alimentaire principalement pour des raisons esthétiques. Mais certains designers et acteurs de l’innovation y voient bien plus d’opportunités… Permettra-t-elle demain de créer une nouvelle cuisine ? Permettra-t-elle d’envisager de nouvelles solutions pour nourrir le monde ? Si aujourd’hui l’impression 3D alimentaire ne résoudra pas les problèmes de faim dans le monde, cette technologie réinvente néanmoins notre rapport à la nourriture et s’immisce de plus en plus dans nos vies. Elle offre ses services aux restaurants, à la haute gastronomie, sous les yeux attentifs des grands industriels de l’alimentaire…
Dans mon projet, épaulé par des collaborateurs issus à la fois du monde de la gastronomie et de l’impression 3D, j’ai tenté de démontrer son intérêt en matière d’innovation et de création culinaire. Quels sont les possibles et les limites d’une telle technologie ? Comment le monde de la gastronomie pourrait-il se l’approprier ? Pour répondre à ces questions, j’ai développé un vocabulaire élargi de formes et de logiques de construction qui ont pour but de faciliter l’accès à ce nouveau secteur aux acteurs de la gastronomie.

Damian JODOROSWSKY, Les polymères minéraux: développement d’une brique.

En 1978, Joseph Davidovits émet une hypothèse étonnante: et si la plupart des grands édifices de l’Antiquité n’avaient pas été érigés à partir de pierres transportées sur des longues distances, mais bien des pierres moulées sur place? Vrai ou faux, c’est en tout cas la naissance de l’étude des géopolymères. Les géopolymères sont des matériaux synthétisés à partir de matières minérales d’origine géologique, et appartenant à la famille des polymères inorganiques. Le projet consiste à s’inspirer des grands principes de la science des géopolymères pour développer une brique de construction sans liants chimiques et à partir de déchets de chantiers.

Luca LEMAIRE, Objet Chauffant. Un chauffage d’appoint en papier recyclé

Quelle place occupe les objets chauffants dans nos intérieurs? On assiste aujourd’hui à de nombreux changements en matière d’habitation, d’architecture; des changements d’ordre écologique et économique face auxquels le chauffage actuel doit se positionner. Les nouvelles normes européennes peuvent influencer et bousculer notre conception du chauffage.

Mes recherches se sont concentrées sur le phénomène de la chaleur et sur l’idée de confort thermique, la manière dont les formes, les couleurs et l’espace en général influencent notre perception de la chaleur. La plupart des radiateurs aujourd’hui ne prennent que trop rarement en compte l’idée-même de chaleur, mais mettent davantage l’accent sur l’efficience; les chauffages d’appoint deviennent des produits dénués de toute sensibilité. Comment se réapproprier cet « objet chauffant »? J’ai dès lors envisagé l’utilisation du papier recyclé dans la réalisation d’un chauffage d’appoint. On retrouve aujourd’hui le papier recyclé dans de nombreux projets visant à diminuer l’impact écologique de secteurs tels que l’ameublement ou l’impression 3D. Et si les nombreuses qualités de cette matière pouvaient profiter à la conception d’un nouveau chauffage d’appoint?

Nicolas ZANONI, ALTO. Recyclage du polystyrène expansé

Le polystyrène expansé est l’un des plastiques les moins recyclés. En effet, la plupart des entreprises de recyclage de déchets ne proposent pas de services de recyclage pour ce matériau, plus pour des raisons économiques qu’écologiques… Utilisé dans le transport, le polystyrène est extrêmement utile pour l’emballage; il est léger, économique, imperméable et fournit une bonne protection aux chocs.  C’est en faisant des recherches sur le réseau bruxellois de recyclage que j’ai trouvé une filière de recyclage propre au polystyrène expansé assuré par Bruxelles Propreté et RecyK. Le recyclage consiste avant tout en un système de compactage pour le rendre moins volumineux et faciliter son stockage. Ces briques de polystyrène sont ensuite à proprement parler recyclées par un procédé chimique en le faisant fondre dans un solvant et redevenir ainsi du polystyrène non expansé, qui pourra à son tour servir à produire des coques de téléphone portable, des pochettes de DVD, etc. Toutefois, ces procédés demandent beaucoup d’énergie et de moyens, notamment en termes de transport (sans parler des gaz relâchés par le recyclage chimique).

Mon projet consiste à développer un procédé de recyclage non chimique et à remodeler le polystyrène dans de nouvelles formes sans ajout de liant (résine epoxy ou similaire), mais surtout à raccourcir la chaine de recyclage afin d’éviter au maximum les transports et autres émissions de gaz à effet de serre. J’ai développé un processus de moulagesne faisant intervenir que de la vapeur et de la compression dans un moule. Ce qui permettra alors de pouvoir le recycler indéfiniment.

Ce processus met en forme de nouveau type de calages, cette fois non plus sur-mesure, mais standardisé afin d’optimiser au maximum leur réutilisation. L’objectif final serait évidemment de ne plus en produire du tout, mais tant qu’aucune réelle alternative existe, commençons à en produire moins, en recyclant la matière existante…

Marion JOSSERAND, «J’habitais un village aux alentours de La Roche». Voix et stimulation cognitive.

Qu’allons-nous faire de nos «vieux» ? Quel regard pose-t-on sur la vieillesse dans nos sociétés de performance? Les maladies neurodégénératives associées à la vieillesse assombrissent le futur du bien vieillir. Ces types de démences ne sont pas encore bien comprises des institutions de santé qui engagent une course au maintien des facultés des personnes âgées coûte que coûte. Cette manière d’envisager la maladie engendre une crise de la subjectivité chez les patients et les soignants qui leur font perdre peu à peu une notion essentielle à leur milieu : «le prendre soin» (Care).

C’est en interrogeant ce que sont les démences cognitives et leur prises en charge que j’ai pu identifier le besoin de reconsidérer la place de la « vulnérabilité » au sein des institutions de santé. La nécessité de réinventer le «prendre soin» dans les établissement médicaux commence à se faire entendre et de nouvelles manières de prendre en charge les malades apparaissent. Depuis quelques années, le milieu de la santé ouvre ses portes aux créatifs et l’on voit apparaître une nouvelle figure : le designer hospitalier. Ces nouveaux métiers envisagent la fragilité comme une source de créativité et posent un regard neuf sur la maladie en replaçant l’identité des personnes malades au coeur du parcours de santé. Dans une démarche de conception similaire, j’ai interrogé la stimulation cognitive au sein des EHPAD et la place attribuée à l’identité et à l’efficience. En découvrant l’importance des proches chez les habitants, j’ai pu mettre en lumière l’importance du lien avec l’extérieur. Le placement en EHPAD est un moment difficile et stressant qui aggrave considérablement les troubles cognitifs. Permettre aux habitants de rester en lien avec leur proche est primordial pour maintenir les personnes en prise avec le monde. J’ai questionné principalement les difficultés liées à la grande dépendance pour comprendre comment maintenir un lien entre les habitants et leurs proches. En collaboration avec les habitants, leur famille et les soignants de l’établissement Les Jardins de Scailmonts (Manage, Belgique) nous avons développé un album sonore en chambre, adapté aux troubles cognitifs qui permmettent au personnes très dépendantes d’entendre des messages vocaux de leur proches de manière autonome. Le projet interroge ce que signifie être «connecté» aujourd’hui et pose la question de l’engagement du designer dans ce type d’environnements.