Factory: 1150°

1150° est un projet FACTORY, un projet collectif d’édition d’objets conçus, développés et produits par les étudiants de Master 1 en Design industriel. 1150° est une mini-série de pièces en céramique produites au sein de l’école, malgré les conditions du confinement. Notre sphère domestique est peuplée d’objets devenus obsolètes parce qu’une simple pièce, une attache ou une vis ont disparues: horloge, poivrier jetable, lampe, bocal, couvercle de casserole… À la manière d’une prothèse, les pièces céramiques viennent se greffer durablement sur ces demi-objets en vue de les réparer. De nouvelles typologies émergent, des fonctions et des usages différents leur précédente vie; un packaging plastique devient un objet durable et fonctionnel, un simple bocal devient plus qu’un contenant, de nouvelles poignées remplacent celles qui avaient désormais disparues…

Les objets de la famille 1150° seront  disponibles sur la plateforme de vente BigCartel courant du mois d’avril.

Pour plus d’informations: https://1150degrees.be/

Sound:abilities. La Cambre@SoundHub (Bang & Olufsen), Danmark


Sound:abilities est un projet sur le son, non pas le son dans ses exigences HiFi, mais le son dans sa dimension « capacitante » au quotidien. Autrement dit, comment le son peut-il aider, compléter ou relayer des informations dans un environnement parfois saturé visuellement? Les étudiants ont développé 8 pistes qu’ils auront ensuite présenté et retravaillé avec une série d’experts durant une semaine en janvier 2021 au SoundHub de Bang&Olufsen (Danemark). Ils ont d’abord expérimenter le potentiel d’un phénomène sonore, pour ensuite lui chercher un domaine d’application. Clara a travaillé sur l’interaction de la voix et de l’eau pour développer une série de commandes vocales dans le domaine du bain; Avec Ekko, Mathilde s’est penchée sur le son et la cécité en collaborant avec une danseuse aveugle: elle a conçu avec elle une alternative élégante à la canne pour s’orienter dans l’espace grâce au son; Hugo s’est intéressé au rôle que pouvait jouer le son dans la prise de médicaments, surtout pour un public atteint de dégénérescence cognitive; Rebecca, à travers Effectile, à explorer les potentialités du son associé… au textile!; Raphaël à tenter d’exploiter le son propre à certains matériaux (métaux) pour se signaler à vélo dans le trafic urbain; Marion s’est demandé comment substituer tous nos mémos vocaux, SMS et autre Post-it en un objet aussi essentiel et low tech qu’une pierre apparemment muette…; Clémentine, après avoir utilisé (démonté et remonté!) un stéthoscope électronique, s’est demandée comment donner voix aux différents sons de notre corps et les exploiter pour communiquer entre nous différemment; enfin, Josua , à travers Mémo, a cherché à incarner la mémoire des objets, et de nous rappeler qu’une vieille photo, un frigo ou une malle fermée ont quelque chose à « dire »… 

Recycline. La Cambre & Tupperware: une famille d’objets en plastique recyclé.

Depuis quelques années, Tupperware a mis sur pied un programme de recyclage de ses propres objets: vous pouvez renvoyer votre vieille boîte et celle-ci sera transformée en… à ce jour seuls deux objets ont été mis en production (une raclette et un porte-bouteilles). On nous a dès lors demandé d’étoffer cette famille en tenant compte d’une contrainte majeure: à cause du recyclage (et malgré le nettoyage des pièces), les objets doivent obligatoirement être destinés à un usage non-alimentaire. De plus, ces produits ont la particularité d’être tous de couleur noire : en effet, pour unifier les centaines de couleurs provenant des objets recyclés, une charge noire (ou très foncée) est ajoutée. Une dimension importante du projet aura donc été le déplacement de l’identité et des codes propres à Tupperware – très liés à la table – vers des produits non-alimentaires « sans couleur », ce qui peut représenter un écart important dans la perception de la marque. Un range-câble, un composteur de cuisine, un kit de nettoyage DIY, un support à tablette et livre de cuisine, un pot pour plantes aromatiques, une boite à savon, un vide-poche et des patères, ont ainsi vu le jour. 

Territoires Tissés (Bénin), en ligne.

Territoires tissés est un projet collaboratif de 5 ans entre La Cambre, l’Association pour la Valorisation et la Promotion du Tissage Traditionnel d’Abomey, et l’École du Patrimoine Africain, basée à Porto Novo. 

La crise sanitaire a empêché tout voyage cette année, mais le projet s’est poursuivi avec la création d’une plateforme en ligne et les premiers objets sont disponibles à la vente. Voir: https://agonglovo.com/ ainsi que le compte instagram dédié.

Cet espace de collaboration et d’échange se fait entre les étudiants design industriel, architecture d’intérieur, design textile et communication visuelle de la Cambre, les étudiants en Valorisation du patrimoine de l’EPA et les tisserands du palais du roi Agonglo à Abomey (site web sur le palais). Il s’articule autour de différents enjeux : une transmission des savoirs-faire traditionnels du tissage, une revalorisation et une redynamisation économique de cette activité artisanale. 

En effet aujourd’hui la production textile locale au Bénin est devenue plus chère que celle importée d’asie et d’europe. Ce déclin d’intérêt de la clientèle locale et des touristes engendre une perte de motivation des tisserands qui ne travaillent plus que par nécessité économique sans aucun dessein créateur.

Au Bénin le tissage se transmet par la parole et la monstration. Les tissus Anciens des Rois du Dahomey se sont perdus et seul un petit nombre les doyens, maîtrisent encore ces techniques de tissage. Un des objectifs des premiers séjours fut de cataloguer tous les motifs et tissages traditionnels ainsi que leur méthode de tissage, pour ensuite permettre leur transmission au sein des tisserands du palais ou d’ailleurs.

Aujourd’hui ce sont les mêmes motifs et tissages qui sont répétés machinalement. L’accès à cette « bibliothèque » d’échantillons textiles permettra aux tisserands d’entrevoir de nouvelles perspectives de création en s’enrichissant de toute la richesse et diversité des motifs historiques.

Durant ces séjours différentes pistes de réflexion ont également été explorées: la signalétique et la communication des guides, l’aménagement d’une salle d’exposition et de vente, la mise en place de la teinture végétale directement sur le site du palais ainsi que la création d’une signature propre aux textiles tissés au palais.



Hors du frigo. Conservation et céramique.

On entend beaucoup parler de « frigos du désert » et autres solutions DYI qui seraient des alternatives au frigo électrique… mais fonctionnent-ils vraiment? Quelles alternatives sans électricité trouve-t-on aujourd’hui sur le marché? Le projet a consisté à développer, en collaboration avec l’Option céramique, 13 objets pour la conservation hors du frigo. Cette recherche a également pu bénéficié de l’expertise de Roldan Descamps (ULB), Frédéric Debaste (ULB) et Alicia Pereira (ZeroWasteBelgium.org). Esther B. a par exemple utilisé la céramique non plus comme contenant mais comme matière-même (sous forme de micro-billes) dans laquelle sont conservés les légumes-racines; Pauline J. quant à elle, s’est intéressée aux légumes nécessitant une hydrométrie élevée conservés dans une série de pots en céramique et leur panier qui permettent entre autres un apport d’eau nécessaire par capillarité; Aya I. s’est inspirée des maisons en terre de Mousgoum (nord du Cameroun) en dessinant un couvercle humidifié fonctionnant comme un chapeau à appliquer sur la plupart de nos corbeilles à fruits; Thibault quant à lui, a associé à une corbeille en céramique un brumisateur d’eau à très faible consommation pour conserver la plupart de nos fruits; enfin, Marylis s’est inspiré du façonnage des briques de construction pour conserver nos paniers du marché dans les mêmes conditions qu’une cave (env. 14-15°). Mais on a aussi tenté de conserver différemment du pain, du vin, du fromage, des herbes aromatiques… L’ensemble des propositions sont visibles ici. Dans le cadre du projet, les étudiants de Master 1 ont également développé BRUUD, un contenant en bois et lin pour la conservation du pain, qui reste d’ailleurs aujourd’hui en attente de financement afin que sa mise en production puisse voir le jour… (crédits photos: Miko/Miko Studio)

Pauline JOURDAN, Une sneaker belge est-elle possible ?

Les sneakers se révèlent comme l’objet archétypal d’une mondialisation assumée et autogérée: dessinées aux États-Unis, fabriquées en Asie du Sud-Est à partir de matières plastiques acheminées depuis les pays du Golfe, pour ensuite être massivement vendues dans des “sneaker stores“ aux quatre coins du monde. Cette chaussure protéiforme s’est imposée partout dans le monde et dans toutes les catégories de consommateurs, à hauteur de 23 milliards de paires vendues dans le monde en 2016. Soit l’équivalent de 3 paires par habitant de la planète, en 1 an. Aujourd’hui, 4 % des sneakers sont produites en Europe ; contre 87 % en Asie, principalement en Chine dans des villes-usines pouvant compter jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’ouvriers, et au Vietnam, concurrent majeur des usines chinoises. Cependant, au-delà de ces grandes tendances, il reste extrêmement difficile de retracer l’itinéraire de fabrication d’une paire de chaussures : les chaînes d’approvisionnement sont souvent éclatées géographiquement (voir cartographie de la production Nike) et se caractérisent par leur forte opacité.

Dans ma recherche, j’utilise la sneaker comme un outil : elle est un prisme pour questionner nos manières de produire les objets qui nous sont les plus familiers. Pourquoi ne pas dès lors imaginer une sneaker… belge? Une basket intégralement confectionnée en Belgique, à l’aide des matières premières et de l‘industrie locale, est-elle possible ? Cela aurait-il un sens? À quelle hauteur serait-elle valorisante sur le plan écologique, sociale, et économique ? Une manière détournée d’interroger le tissu industriel belge et les modes de production locale (la Belgique est historiquement attachée à un patrimoine industriel textile important: culture de fibres naturelles, tissage; sa production de lin et de chanvre reste présente et on assiste même, dans le cas du second, à un regain d’activité. Ces deux tissus pourraient par exemple trouver leur place dans notre quête de sneaker…)

Mais l’hypothèse d’une sneaker belge est aussi une manière de questionner l’idée-même de « local ». L’importance grandissante du local est bien entendu largement motivée par une prise de conscience écologique : ce qui importe, ce n’est pas seulement ce que l’on produit, mais comment on le produit ( voir « The New Geography of Trade » Fred Curtis, David Ehrenfel) : le modèle économique globalisé est en effet un modèle de la dé-responsabilisation: comment se sentir directement concerné par le coût écologique d’une industrie, lorsque celle-ci est éclatée sur plusieurs continents ? L’économie locale s’imposerait, à l’inverse, comme un modèle de responsabilisation de la population… La nouvelle exigence du local est aussi l’expression d’un besoin croissant de re-connexion à l’identité d’un territoire: paradoxalement, nous exportons la majorité de ce que nous produisons et nous importons la majorité de ce que nous consommons… Le local devient le véhicule de valeurs fortes (meilleure qualité des produits, transparence, soutien à l’emploi) et se fait vecteur identitaire, avec les glissements politiques qu’on peut imaginer: puisque ce qui vient « de chez moi » serait supérieur à ce qui vient d’«ailleurs », définir un cadre local peut rapidement consister à poser des frontières…

Questionner le local me permet donc de partir à la rencontre d’un territoire industriel désigné, celui de la Belgique, pour en interroger les dimensions et les capacités en 2019.  Mais il soulève des interrogations d’ordre plus large: comment définit-on un territoire économique? Que désigne exactement l’idée de local? Est-ce un maillage industriel cohérent et géographiquement resserré? Une culture, des valeurs communes? Ou un périmètre géographique précis et applicable sans discernement? Le projet sera présenté en juin 2020.

Pauline Jourdan – Master 2

La Cambre & Exki, pour une transition vers le non jetable.

Janvier 2019, « fin des plastiques jetables »… Les Masters 1 ont travaillé en étroite collaboration avec EXKI pour trouver des alternatives à l’utilisation des plastiques jetables dans le quotidien de leurs restaurants.

Esther a remplacé les vitrocéramiques pour le maintien au chaud des soupes par un outil de conservation de la chaleur low tech sans électricité, inspiré de la technique de la marmite norvégienne; Pauline a cherché une alternative à l’emballage en plastique des sandwichs: une série de feuilles-test à base de marc de café, d’épluchures de pommes de terre ou de pain, inspirées du Markouk, et qui pourraient être cuites  dans les fours d’Exki; Aya s’est également intéressée à l’emballage des sandwichs et des viennoiseries mais en utilisant un sac réutilisable fonctionnant comme une carte de fidélité; Marylis a envisagé une alternative aux gobelets en carton: un gobelet en fibre de bambou, très résistant, combiné à la carte de fidélité ; Marion a remplacé les bouteilles en plastique contenant les jus par de grands contenants créés sur-mesure pour EXKI; Alexandre a tenté de répondre au gaspillage des extra-cafés qui seraient désormais offerts sur demande du client et les inutilisés seraient récoltés dans des boîtes disséminées dans le restaurant; Nicolas a développé des emballages pour viennoiseries avec une feuille en papier craft pliée et compostable conçu pour la consommation sur place ou à emporter; Thibault a tenté de supprimer les condiments en dosettes (sel, poivre, huile, vinaigre et vinaigrette), normalement destinés à la vente à emporter, en les remplaçant par un plateau d’assaisonnement bien visible sur chaque table; Damian a synthétisé en une pièce les fonctions de la fourchette et de la cuillère – le couteau étant nettement moins sollicité dans le type de préparations Exki – en un seul objet en acier inoxydable: sa forme originale le destine aux repas rapides, et se veut donc moins incitante pour une utilisation prolongée à domicile…ou au vol de couverts au sein de l’enseigne; enfin, Luca s’est intéressé aux milliers de contenants pour desserts qui sont jetés chaque jour en imaginant un système de revalorisation de ces mêmes contenants, triés et nettoyées par le concours d’entreprises partenaires (Rekwup pour le lavage, Recycl pour le tri) afin de les réutiliser ensuite sur d’autres marchés (la quincaillerie, par exemple)- Exki deviendrait ainsi acteur d’un réseau plus vaste de partenaires, tous mobilisés par la réutilisation des contenants en plastique.